Comment les étrangers ont-ils pris part à la Résistance?

HISTOIRE Ils sont venus se réfugier dans le pays des Lumières, de Victor Hugo, du capitaine Dreyfus et de Robespierre. Après avoir fui les persécutions politiques et antisémites, ils participeront au combat de la Libération, parfois au prix de leur vie.

À l'heure où des discours de rejet et de haine des étrangers prennent partout le pouvoir dans le monde et menacent de le faire en France, cette rencontre entre deux historiennes et un élu de la République, petit-fils d'un dirigeant de la Résistance, permet de mesurer l'apport essentiel de ces femmes et de ces hommes. Ces étrangers, fuyant les persécutions antisémites et politiques, ont trouvé refuge en France. L'échange entre trois points de vue savants et engagés sur cette réalité historique fait écho à la panthéonisation, il y a deux ans, de Missak et Mélinée Manouchian et de la reconnaissance des membres des résistants communistes du groupe de l'Affiche rouge.

EN Bref :

« Les étrangers, piliers méconnus de la Résistance française »

Un engagement multiculturel et décisif : Des milliers d’étrangers – Juifs d’Europe centrale, Espagnols républicains, Arméniens, Italiens antifascistes, Polonais, Maghrébins – ont joué un rôle clé dans la Résistance française. Fuyant les persécutions (nazisme, antisémitisme, franquisme), ils se sont battus pour la France et pour l’humanité, souvent au prix de leur vie.

Des figures emblématiques :

  • Missak Manouchian et son groupe (23 étrangers fusillés en 1944, immortalisés par L’Affiche rouge d’Aragon).
  • Les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée), responsables d’attentats majeurs contre l’occupant.
  • Des réseaux multinationaux comme l’Armée du Crime (juifs, Espagnols, Italiens) ou le réseau Comète (aidé par des Belges et Néerlandais).

Motivations variées :

  • Fuite des régimes oppressifs (ex. : Espagnols anti-franquistes, Juifs persécutés).
  • Idéaux universels : combat antifasciste (communistes, intellectuels comme André Breton).
  • Intégration par le sacrifice : pour les Maghrébins, c’était aussi une voie vers l’émancipation.

Chiffres marquants :

  • 20-25 % des 100 000 résistants étaient étrangers (Olivier Wieviorka).
  • À Marseille, 40 % des FTP étaient Espagnols ; à Grenoble, les Italiens dominaient les sabotages ferroviaires.

Rôles stratégiques :

  • Parachutages (Polonais du réseau Buckmaster).
  • Espionnage (codes en yiddish, espagnol).
  • Libération de Paris (août 1944) : les FTP-MOI ont ouvert la voie aux blindés de la 2e DB.

Un héritage longtemps ignoré :

  • Marginalisation post-guerre : les communistes étrangers, suspects pendant la Guerre froide, ont été effacés des récits officiels.
  • Réhabilitation récente : grâce aux travaux de Serge Klarsfeld, au Mur des Noms (Mémorial de la Shoah, 2006), et aux plaques commémoratives (ex. : Ivry-sur-Seine pour Manouchian).

Message actuel : Leur combat rappelle que la liberté n’a pas de passeport et que la France s’est construite comme un projet politique universel (Lumières, Révolution), bien au-delà des origines. Une leçon d’actualité face aux discours xénophobes.


Le 21 février 2024, Missak et Mélinée Manouchian entraient au Panthéon, quatre-vingts ans après l'exécution du groupe de l'Affiche rouge.

Pourquoi cette reconnaissance est-elle si importante?

Pierre Ouzoulias Ce combat pour la reconnaissance de la figure de Manouchian est engagé depuis 1951. Mon grand-père, Albert Ouzoulias, « colonel André », conseiller municipal de Paris, dépose alors un vœu devant le Conseil de Paris pour qu'une rue porte le nom de Missak Manouchian et du groupe de l'Affiche rouge.

En 2024, au moment de la panthéonisation de Manouchian, des voix à gauche et à droite ont pourtant exprimé une vision critique de la façon dont le Parti communiste aurait oublié ses résistants étrangers. Selon eux, le PCF avait surtout mis en avant les Français. C'est faux. Dès la Libération, le Parti communiste a honoré tous les étrangers qui s'étaient investis et étaient morts dans le combat libérateur. Manouchian au Panthéon, c'est le moment durant lequel la Résistance communiste trouve enfin sa place après une forme de rejet et de suspicion de principe sur la place des étrangers dans la Résistance. Il a fallu attendre ce moment exceptionnel d'unité nationale telle qu'on en voit peu. Durant cette période, je suis allé dans beaucoup de collèges et lycées. Chez les jeunes, une interrogation revenait : « Pourquoi, quand on est un étranger, on meurt pour la France? » À partir de cette question de fond, un débat tout à fait passionnant s’installait sur ce que c'est que la nation. La France, ce n'est pas le sang, ce n'est pas le sol, c'est le projet politique porté par la Révolution, par les Lumières et par Victor Hugo. Manouchian, à travers ses écrits, est un amoureux absolu de la culture française, mais aussi de ce que la France représente pour un certain nombre d'étrangers: la patrie des droits de l'homme et des Lumières. Aujourd'hui, face à l'extrême droite, montrer que la France c'est d'abord un projet collectif pour lequel des étrangers peuvent combattre et mourir, c'est une leçon tout à fait exceptionnelle et complètement d’actualité.

Ces résistants étaient des juifs des pays d'Europe centrale, des Italiens, des Espagnols, des Arméniens, etc.

Missak Manouchian, fusillé au Mont-Valérien avec ses camarades, est arménien. En quoi cette origine revêt-elle un écho particulier?

Astrig Atamian La figure de Missak Manouchian a été la porte d'entrée de mon intérêt pour les communistes arméniens de France. En m'intéressant à son parcours, je me suis rendu compte que son engagement dans les Francs-tireurs et partisans-Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) n'était pas le fruit d'une démarche individuelle mais s'inscrivait dans une histoire collective.

Celle d'abord de la Main-d'œuvre étrangère (MOE), qui deviendra ensuite la MOI.

La section française de l'Internationale communiste a très tôt organisé les étrangers. Les Arméniens étaient regroupés au sein d'un groupe de langues qui deviendra une sous-section arménienne. Ces Arméniens étaient des rescapés du génocide perpétré dans l'Empire ottoman.

Réfugiés en France, ils ont formé ce que l'on appelait la « colonie arménienne» très polarisée politiquement entre les partisans de l'indépendance de l'Arménie et les partisans de l'Arménie soviétique.

En France, le Parti communiste commençait à encadrer les immigrés. De son côté, l'Arménie soviétique cherchait aussi à asseoir son influence sur les Arméniens dans le monde. Arménien et français, il existe ce double horizon dans la Résistance étrangère. On peut même parler de double patriotisme chez les Arméniens. On peut avoir plusieurs identités qui ne rentrent pas en confrontation les unes les autres. Missak Manouchian était patriote.

Il avait voulu devenir français et la nationalité lui avait été refusée à deux reprises. Il chérissait les valeurs de la République française. Il était francophile comme la plupart des Arméniens issus de l'Empire ottoman. Et, en même temps, il chérissait ses racines arméniennes.

Les identités ne rentrent pas en contradiction, elles se superposent. Ce double horizon a été un moteur fort du combat des résistants étrangers.

Zoé Grumberg Je réagis à l'interrogation évoquée par Pierre Ouzoulias de savoir pourquoi des étrangers vont mourir pour la France. D'abord, ils n'étaient pas tous des étrangers. Certains avaient des origines étrangères.

Issus de l'immigration, ils avaient été naturalisés. Dans le cas des juifs que j'ai étudiés, je me suis demandé comment on peut être à la fois juif, communiste et français?

Ce sont des identités solubles qui évoluent et ne sont pas antagonistes. Parfois, elles créent des conflits ou peuvent conduire à se désengager. Il y a des moments où ces identités deviennent plus fortes ensemble. Cela a été le cas de la période de la guerre et de l'Occupation où, paradoxalement, ces étrangers sont rejetés. Les Arméniens, les juifs sont traités de métèques, subissent une politique antisémite. De surcroît, ils subissent une politique de persécution parce qu'ils sont communistes, mais ils ont envie de se battre pour la France et de devenir français.

Par ailleurs, ils revendiquent leur identité arménienne ou juive. Ces identités multiples, pendant la guerre et dans la Résistance, on peut dire qu'elles n'en forment qu'une, s'enrichissant les unes des autres. Elles renforcent même le combat pour une France qui accueille les étrangers.

D'où le titre de votre ouvrage Militer en minorité ?

Zoé Grumberg Oui, en effet. Il s'agit d'une minorité en France, au sein du Parti communiste et aussi au sein du monde juif. Et donc, comment fait-on quand on milite en minorité? Est-ce qu'on ne milite que pour cette minorité? La réponse est non. Le Parti communiste a organisé des groupes spécifiques pour les étrangers et les immigrés pour leur permettre de militer dans leur langue. Mais ces groupes ne militent pas à part. Si les étrangers défendent les causes qui leur sont chères, ils adhèrent aux cellules du PCF et participent aux combats des Français. Le Front populaire va être un premier moment de ce creuset d'intégration dans la nation française. Ensuite, la Résistance vient renforcer ce mouvement. Après sa création en 1948, Israël ne constituera pas une solution. Bien sûr, ils sont pour l'existence de l'État d'Israël mais, en aucun cas pour eux, il s'agit de s'y installer. Ils veulent vivre en diaspora. Ils défendent la création de l'État d'Israël car il faut bien que les juifs rejetés aillent quelque part. Personne n'en veut. En Amérique ou en Europe, il y a des quotas partout. Qu'est-ce qu'on fait quand on est un juif polonais et qu'on se fait massacrer après être revenu d'Aus-chwitz? On crée un État. Par contre, très vite, tout en soutenant l'existence de l'État, ils vont critiquer, voire s'opposer à la politique de l'État. C'est encore la position des juifs communistes aujourd'hui.

Au sein du mouvement ouvrier au début du XX® siècle, dans le PCF et la CGT, il s'agit de rassembler et d'organiser les immigrés. Quel est l'objectif ?

Zoé Grumberg Pour comprendre cette organisation, il faut revenir à l'URSS de Lénine. Le dirigeant bolchevique constate que, dans les républiques soviétiques, peu de gens parlent russe. Comment fait-on alors pour diffuser le socialisme? Il va alors autoriser le fait de militer dans une autre langue. En réalité, on diffuse le communisme par le biais des spécificités de chaque peuple.

Et le Parti communiste français va donc engager dans l'entre-deux-guerres cette diffusion du communisme dans tous ces groupes linguistiques. À la Libération, cela est maintenu, notamment chez les juifs. Le secteur juif du Parti communiste français maintient ou crée un certain nombre d'organisations (notamment l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide et la Commission centrale de l'enfance - NDLR), qui vont défendre la situation des victimes des persécutions, de la déportation et des spoliations. Tous ces groupes créent des organisations de masse. C'est le cas notamment des juifs, des Arméniens, des Italiens et d'autres. Ces organisations de masse au sein du Parti communiste vont promouvoir une pénétration sociétale du communisme. Cette diffusion va s'opérer par le biais d'associations sociales ou culturelles. Lorsqu'on ouvre une cantine ou un dis-pensaire, le mot d'ordre, c'est que chaque personne aaa qui y vient doit ressortir membre du parti. Cela ne marche pas toujours... Lorsqu'on organise des chorales pour chanter ensemble en yiddish, les chants sont tous révolutionnaires! C'est un peu pareil, chez les Arméniens, même si, après guerre, c'est différent.

Astrig Atamian C'est vrai que le sentiment national est investi par les Arméniens communistes, ne serait-ce que pour combattre l'influence de leurs opposants nationa-listes. Et en fait chez les Arméniens, les organisations de masse vont davantage s'organiser sous l'égide sovié-tique. A la Libération, seuls les « garmir » («rouges»), communistes et prosoviétiques, honorent la mémoire de Manouchian. Puis, à partir du moment où l'enjeu a été de faire reconnaître le génocide nié par la Turquie, la figure deMissak Manouchian a été réinvestie par toutes les composantes de la diaspora pour faire avancer cette cause. Et même des Arméniens de droite se revendiquent de l'héritage de Manouchian. C'est le pa-radoxe, c'est une figure qui unit.

Pierre Ouzoulias Sur le plan historique, un lien très fort a alors été tissé entre les juifs et les Arméniens de France et les communistes. Cela s'est poursuivi très longtemps. Guy Ducoloné, député PCF des Hauts-de-Seine, déposera chaque année une proposition de loi pour la reconnaissance du génocide arménien. De son côté, le communiste Jean-Claude Gayssot portera, lui, à l'Assemblée nationale, la loi qui pénalise la négation de la Shoah et des chambres à gaz. Quelque chose s'est noué pendant la Résistance qui se poursuit sur la longue durée.

Comment cette histoire peut-elle nous permettre de penser pour aujourd'hui une construction politique possible?

Zoé Grumberg Tous les discours politiques de droite idéalisent le passé avec des étrangers, des immigrés qui devenaient français, parlaient français et quittaient leur religion, etc. Comme si c'était toujours mieux avant. En fait, on se rend compte que ce n'était pas possible de faire rentrer à marche forcée des gens dans un moule, et surtout qu'être français ne signifiait pas renoncer à ses ori-gines, à sa langue et à sa culture. L'intégration prend du temps. Parler sa langue maternelle, cela ne veut pas dire qu'on ne s'intègre pas. Continuer à pratiquer une religion ou avoir des rites spécifiques, cela ne signifie pas qu'on ne devient pas français.

En définitive, nos deux ouvrages historiques, avec Astrig Atamian, montrent qu'il est possible d'être à la fois juif et français, ou encore arménien et français. Ces différentes identités ne s'excluent pas. C'est un appel à des identités multiples qui cohabitent et qui ne vont pas mettre en danger une identité nationale. Quand on parle d'universa-lisme, on pense souvent à une norme blanche, catholique, hétérosexuelle. Et, en fait, l'universalité, c'est plutôt un creuset de différences.

Astrig Atamian Je rejoins complètement Zoé Grumberg.

L'intégration, ce n'est pas de renoncer à son histoire, à sa culture d'origine, à la langue de ses parents ou de ses grands-parents. Au contraire, cette différence tend à enrichir le collectif national.

Pierre Ouzoulias Pour employer une formule: on peut et on doit être à la fois patriote et internationaliste. Patriote, c'est défendre sa patrie, quelle qu'elle soit. Et on peut participer pleinement à un projet collectif qui va beaucoup plus loin et traverse même les frontières nationales.

C'est quelque chose de fondamental dans la période actuelle où on a tendance à opposer les identités. L'addition des identités permet à terme de viser l'universalité. Ce qui nous manque, c'est une République qui défend les droits des femmes et des hommes à l'échelle planétaire.

Pour cela, il faut dépasser ce que nous sommes pour penser une République universelle. •

TABLE RONDE RÉALISÉE PAR

PIERRE CHAILLAN

L’Humanité, le 13 février 2026


Comment les étrangers ont-ils pris part à la Résistance ?

Mémoire. Ce point n’a pas été assez mis en lumière par les historiens, du moins jusqu’ici. Les étrangers ont joué un rôle crucial dans la Résistance, participant aux combats pour la Libération, partisans de la première heure.

Dans l’ombre de la Résistance française, des figures comme Victor Hugo du capitaine Dreyfus et Robespierre – des noms symboliques ou réels ? – émergent. Mais au-delà des mythes, c’est une réalité multiculturelle qui s’impose : des étrangers, venus d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine et même d’Asie, ont rejoint les maquis, saboté les lignes allemandes et risqué leur vie pour une France libre. Pourquoi ? Souvent pour fuir le nazisme, l’antisémitisme ou des régimes fascistes dans leur pays d’origine. D’autres, immigrés installés en France depuis les années 1930, y voyaient un combat pour l’humanité.

Des Libérateurs ?

L’affiche de propagande gaulliste, "Par la Libération ! Par l’Armée du Crime", illustre ces "libérateurs" anonymes : des portraits de résistants, souvent étrangers, comme ceux des groupes juifs de l’Armée du Crime (Manhattan, Groupe Pat O’Leary). Ces unités multinationale comptaient des Polonais, des Espagnols républicains, des Juifs d’Europe centrale, des Italiens antifascistes. À Paris, à Lyon, dans les Alpes, ils formaient le gros des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée), responsables d’attentats spectaculaires contre l’occupant.

Par exemple, le Groupe Manouchian, immortalisé par le poème d’Aragon "L’Affiche rouge", regroupait 23 étrangers – Arméniens, Hongrois, Polonais, Italiens – fusillés en 1944. Missak Manouchian, leur chef arménien, devint un symbole. "Ils étaient vingt et trois, je les ai lus tous les jours", écrit Aragon. Ces "criminels" de l’affiche nazie étaient en réalité des héros.

Des motivations variées

- Fuite et solidarité : Beaucoup d’Espagnols, rescapés de la Retirada de 1939, haïssaient le franquisme allié au nazisme. Des Allemands antinazis, comme Ernst Norgard, rejoignaient les réseaux pour saboter de l’intérieur.

- Idéaux universels : Des intellectuels comme André Breton (bien que surréaliste) ou des communistes italiens voyaient dans la Résistance un front antifasciste global. Les Juifs, persécutés, formaient des groupes comme l’Organisation Juive de Combat (OJC), avec des figures comme Antek Zuckerman.

- Intégration par le combat : Pour les immigrés d’Afrique du Nord (Maghrébins, Algériens), c’était aussi un pas vers l’émancipation. Des tirailleurs comme ceux de la 1re Division Française Libre combattaient aux côtés des Alliés.

Chiffres : Sur 100 000 résistants recensés, environ 20-25 % étaient étrangers, selon les estimations de l’historien Olivier Wieviorka. À Marseille, les Espagnols représentaient 40 % des effectifs FTP. À Grenoble, les Italiens dominaient les sabotages ferroviaires.

Rôles clés dans la Libération

Ces "étrangers" n’étaient pas relégués aux tâches subalternes. Ils pilotaient des parachutages (comme les Polonais du réseau Buckmaster), organisaient des évasions (réseau Comète, aidé par des Belges et Néerlandais) et menaient des assauts décisifs lors du Débarquement. À la Libération de Paris en août 1944, les FTP-MOI ouvraient la voie aux blindés de la 2e DB.

Témoignages : Lucie Aubrac, résistante française, évoque dans ses Mémoires les "camarades étrangers" comme des piliers. Simon Lévitte, survivant juif polonais, raconte : "Nous n’étions pas français de naissance, mais nous l’étions par le cœur et le sang versé."

Un oubli réparé ?

Après la guerre, ces héros ont souvent été marginalisés. Les communistes étrangers, suspects pendant la Guerre froide, ont vu leurs mérites minimisés. Ce n’est qu’avec les travaux de Serge Klarsfeld ou l’inauguration du Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (2006) que leur rôle est reconnu. Aujourd’hui, des plaques commémoratives fleurissent : à Ivry-sur-Seine pour Manouchian, à Paris pour l’Armée du Crime.

Et si ? Sans ces "étrangers", la Résistance aurait-elle tenu ? L’historien Robert Paxton note que leur apport multilingue (codes secrets en yiddish, espagnol) a été vital pour l’espionnage. Ils incarnaient une France cosmopolite, préfigurant l’Europe unie.

En conclusion, les étrangers n’étaient pas des "invités" de la Résistance, mais ses acteurs essentiels. Leur engagement, forgé dans l’exil et l’idéal, rappelle que la liberté n’a pas de passeport. Pour en savoir plus, le livre Les Étrangers dans la Résistance de Jean-Marie d’Hoop (éd. Tallandier, 2020) ou l’exposition au Musée de la Résistance à Champigny-sur-Marne. 

L’Humanité, le 13 février 2026

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