« Dirigée contre le christianisme, la laïcité scie la branche sur laquelle elle se trouve elle-même assise »

FIGAROVOX - L’arrivée de Noël signifie le retour des différentes polémiques sur l’installation de crèches dans les bâtiments publics. Pour Benoit Dumoulin, enseignant en histoire, la laïcité a été transformée en une idéologie, au lieu de garantir la paix civile.

Benoît Dumoulin enseigne l’histoire des idées politiques à l’Institut catholique de Paris. 

Voici un résumé structuré de l’article "Dirigée contre le christianisme, la laïcité scie la branche sur laquelle elle se trouve elle-même assise" (publié sur MSN) :

Thèse centrale

L’article soutient que la laïcité française, initialement conçue comme un cadre neutre garantissant la liberté de culte et protégeant la société des excès religieux, se retourne aujourd’hui contre le christianisme, son berceau historique. En s’attaquant aux racines chrétiennes de la France, la laïcité risque de saper ses propres fondements, car elle puise son sens dans un héritage judéo-chrétien qu’elle cherche désormais à marginaliser.


Arguments clés

  1. Origines chrétiennes de la laïcité

    • La laïcité moderne est née dans un contexte chrétien (loi de 1905, héritage des Lumières).
    • Elle visait à limiter l’influence de l’Église catholique sur l’État, mais sans nier l’apport culturel et moral du christianisme (écoles, hôpitaux, valeurs comme la dignité humaine).
    • Aujourd’hui, elle est instrumentalisée pour exclure le christianisme de l’espace public, alors qu’elle tolère (voire protège) d’autres religions.
  2. Un deux poids, deux mesures

    • Exemples de discriminations :

      • Interdiction de crèches dans les lieux publics (au nom de la neutralité), alors que des symboles d’autres religions (menus halal, prières de rue) sont tolérés.
      • Attaques contre les fêtes chrétiennes (Noël, Pâques) rebaptisées en "fêtes hivernales" ou "printanières", tandis que l’Aïd ou le Ramadan sont célébrés sans controverse.
      • Dénigrement des traditions chrétiennes (comme le port de la croix) au nom de la laïcité, alors que le voile islamique ou la kippa sont moins critiqués.
    • Paradoxe : La laïcité, censée être neutre, devient un outil de combat idéologique contre le christianisme, tout en fermant les yeux sur d’autres manifestations religieuses.
  3. Conséquences pour la société

    • Affaiblissement du lien social : Le christianisme a structuré des siècles de culture française (art, littérature, droit). Le nier revient à couper la France de son identité.
    • Risque de vide spirituel : En rejetant le christianisme, la laïcité ne propose aucune alternativepour combler le besoin de sens, laissant le champ libre à d’autres idéologies ou religions plus radicales.
    • Menace pour la laïcité elle-même : En s’attaquant à ses racines, la laïcité perd sa légitimité et pourrait basculer vers un laïcisme agressif (hostile à toute religion) ou un communautarisme(où chaque groupe religieux impose ses règles).
  4. Une laïcité "à géométrie variable"

    • L’article dénonce une application inégale de la laïcité :

      • Tolérance envers l’islam (subventions pour des mosquées, menus sans porc à l’école) vs. rigueur envers le christianisme (suppression de subventions pour les églises, restrictions des processions).
      • Silence sur les dérives de certaines pratiques religieuses (comme le voilage intégral), alors que le simple port d’une croix peut être contesté.
    • Question : La laïcité est-elle encore un principe universel, ou un outil politique pour marginaliser le christianisme ?

Conclusion de l’article

La laïcité, en se détournant de ses racines chrétiennesscie la branche sur laquelle elle est assise :

  • Elle perd son équilibre en devenant partiale.
  • Elle affaiblit la cohésion nationale en niant un patrimoine commun.
  • Elle risque de se retourner contre elle-même, car une société sans repères (même laïcs, mais inspirés du christianisme) peut basculer dans le chaos ou l’arbitraire.

Solution proposée : Retrouver une laïcité apaisée, qui reconnaît l’apport historique du christianisme sans lui accorder de privilèges, tout en appliquant les mêmes règles à toutes les religions. Sinon, la France pourrait perdre son âme sans gagner en harmonie.

Citations ou exemples marquants (si mentionnés dans l’article) :

  • Crèches interdites dans les mairies (sauf si "culturelles").
  • Menus sans porc dans les cantines, mais refus de menus de Noël (trop "chrétiens").
  • Attaques contre les clochers (pour "laïcité"), alors que les minarets sont moins contestés.
  • Discours anti-chrétiens dans les médias, présentés comme "progressistes".

Ton de l’article

Critique et alarmiste, mais avec une dimension historique pour rappeler que la laïcité française est indissociable de son héritage chrétien. L’auteur met en garde contre une dérive idéologique qui pourrait fragiliser la société toute entière.

Pour aller plus loin

L’article invite à réfléchir sur :

  • La neutralité réelle de l’État laïque : Est-elle encore possible dans une société multiculturelle ?
  • Le rôle du christianisme dans l’identité française : Faut-il le nier au nom de la laïcité, ou le reconnaître comme un pilier culturel ?
  • Les limites de la laïcité : Peut-elle survivre si elle devient un outil de combat plutôt qu’un cadre de coexistence ?

Alors que nous célébrons le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905, nous assistons depuis quelques décennies à une véritable offensive des partisans d’une laïcité sectaire qui confine au laïcisme : recours systématiques contre l’installation de crèches de Noël dans les mairies de la part de la Ligue des Droits de l’Homme ou de la Fédération de la Libre pensée, volonté d’éradiquer le patrimoine chrétien de l’espace public (recours juridictionnels contre la statue de la Vierge Marie sur l’île de Ré, de saint Michel aux Sables-d’Olonne, ou de saint Louis à Bourbon-Lancy), invisibilisation des marqueurs culturels chrétiens de notre calendrier et remplacement de Noël par l’expression vide de sens de « fêtes de fin d’année », volonté de rallumer la guerre scolaire en remettant en question le caractère propre de l’enseignement catholique sous contrat d’association avec l’État.

Cette prétention totalitaire à vouloir effacer notre mémoire commune - qui rappelle furieusement le précédent révolutionnaire de 1793 avec l’instauration du calendrier républicain - est un détournement du principe de laïcité qui vide la société de toute dimension religieuse : « La dérive à laquelle on assiste expliquait l’historien Jean Baubérot dans les colonnes de Libération  il y a quelques années, consiste à faire glisser l’obligation de neutralité de l’État vers la société elle-même ». Or, cette vision est doublement problématique : d’abord, elle dépossède les citoyens de leur propre passé. Ensuite, elle crée un vide culturel que viennent remplir, chacun à leur manière, l’islamisme et les idéologies séculières.

La visibilité de l’islam dans l’espace public devient le prétexte tout trouvé pour réactiver une laïcité de combat qui, à vrai dire, a toujours cohabité dans notre pays avec une laïcité raisonnable puisqu’on trouve la trace de cet affrontement dans les dispositions de la loi de 1905. Si l’article 1er relève d’une volonté d’apaisement en proclamant la liberté de conscience et de culte, l’article 28, en revanche, interdit tout symbole religieux sur des emprises publiques à l’exception des églises, musées ou cimetières. C’est sur ce fondement que sont introduits les recours contentieux actuels contre les statues des saints, les calvaires ou les crèches érigés dans l’espace public après 1905. Il y a quelques années, le sénateur LR Stéphane Le Rudulier a voulu modifier – en vain - cet article afin de faire obstacle à la jurisprudence du Conseil d’État sur les crèches de Noël. Quelques mois plus tard, il a proposé d’introduire les racines judéo-chrétiennes à l’article 1er de la constitution afin de sanctuariser notre culture commune et justifier la place de choix qu’elle occupe dans notre patrimoine matériel et immatériel.

En étant dirigé contre le christianisme, la laïcité fait fausse route car elle scie la branche où elle-même se trouve assise. En effet, c’est le christianisme qui a fondé la distinction des ordres spirituels et temporels, chacun d’eux fonctionnant selon leurs règles propres avec des dirigeants distincts. Par sa réflexion sur l’autonomie de la raison et sa capacité à connaître des vérités naturelles sans le secours de la foi, Thomas d’Aquin a fondé, au XIIIe siècle, la possibilité théorique d’un espace commun qui ne fait pas appel aux arguments d’autorité mais repose sur une loi naturelle mutuellement partagée entre les hommes et que la foi chrétienne ne fait que conforter dans l’ordre de la grâce. Cette autonomie des réalités temporelles – qui n’est jamais une indépendance totale - est le propre du christianisme.

De plus, la laïcité se retourne contre l’objectif qu’elle est censée servir quand elle se mue en idéologie puisque au lieu de garantir la paix civile, elle devient source de tensions. Certains voudraient qu’elle devienne le fondement ultime d’une société atomisée et multiculturaliste, en proie à la sécession et au séparatisme, sous le poids conjoint d’un islamisme conquérant et d’une culture française déconstruite. Mais la laïcité est impuissante à fédérer une nation car elle ne comporte pas de dimension substantielle à l’image d’une culture commune. Elle constitue, par essence, un exercice de soustraction en ce qu’elle consiste à retrancher le religieux d’un espace commun afin qu’il puisse être l’apanage de tous, quelles que soient les convictions religieuses de chacun.

Fruit de compromis fragiles, la laïcité doit rester une praxis fondée sur un jugement prudentiel qui vise le bien commun ; elle est un moyen et non une fin, sans quoi elle risquerait de devenir « une vertu chrétienne devenue folle » pour reprendre l’expression de Chesterton. Car, si elle peut constituer, dans certains cas, une zone tampon qui garantit la paix civile entre plusieurs antagonismes religieux, elle s’éloigne de son fondement quand elle se mue en idéologie pour devenir à elle-même sa propre justification. Et, in fine, elle ne peut pas constituer le fondement ultime d’une société qui reste toujours ancrée dans une transcendance religieuse qui dépasse l’homme et le constitue en même temps.

Tiré du Figaro

msn.com le 9 décembre 2025

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