Des chrétiens prennent position contre la politique migratoire de Donald Trump

Aux États-Unis, des protestants contre les dérives autoritaires de Donald Trump

Un an après la réélection de Donald Trump, des protestants se mobilisent contre les dérives de son administration. Le mouvement demeure toutefois minoritaire au sein du christianisme américain.

Interrompu au milieu de sa prière par un jet de gaz irritant, le pasteur David Black, de l’Église First Presbyterian de Chicago, est saisi par la stupeur. De l’autre côté de la bombe lacrymogène : un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police migratoire américaine, masqué et vêtu d’un treillis bardé d’un gilet pare-balles. Le cliché de la photojournaliste Ashlee Rezin du quotidien américain Chicago Sun-Times a été largement repartagé par les militants anti-Trump sur les réseaux sociaux. L’image est devenue symbolique de la protestation des ecclésiastiques contre le durcissement de la politique migratoire par le gouvernement américain.

Le département de la Sécurité intérieure s’est récemment targué de plus de 520 000 expulsions depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, soit deux fois plus que pendant la dernière année du mandat de son prédécesseur Joe Biden. À Chicago, où la résistance citoyenne ne faiblit pas, de nombreux pasteurs et autres membres du clergé ont rejoint le mouvement. À New York, des militants protestants, notamment ceux de l’organisation interreligieuse New Sanctuary Coalition, se rendent quasi quotidiennement auprès des migrants dans les tribunaux de l’immigration.

Aux États-Unis, une résistance protestante minoritaire face à Trump

Un an après la réélection de Donald Trump, des chrétiens américains s’élèvent contre les dérives autoritaires de son administration, notamment sa politique migratoire ultra-répressive (520 000 expulsions en 2025, soit le double de l’ère Biden). Symbole de cette opposition : l’image d’un pasteur de Chicago, David Black, interrompu en prière par des gaz lacrymogènes lancés par l’ICE.

Qui sont ces opposants ?

  • Des protestants progressistes (méthodistes, épiscopaliens, chrétiens noirs) et des anciens partisans de MAGAdésillusionnés, comme Anthony Brooks (Texas), qui dénonce les mensonges sur l’immigration.
  • Des figures comme le révérend William Barber II (Yale) ou Paul Brandeis Raushenbush (Interfaith Alliance), engagés dans les manifestations « No Kings » contre l’autoritarisme.
  • Des repentis du mouvement MAGA, à l’image de Stephania Messina, qui décrit son « endoctrinement » dans une église pentecôtiste comme une « privation de pensée critique ».

Un combat inégal Ces voix (38 % des protestants en 2024) peinent à se faire entendre face à la droite évangélique dominante, financièrement puissante et radicalisée depuis l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk (septembre 2025). « Ils risquent leur emploi en critiquant Trump », explique l’historienne Kristin Kobes Du Mez, autrice de Jésus et John Wayne. Pour elle, ces chrétiens luttent pour « l’âme de l’Amérique », face à une théologie nationaliste qui instrumentalise la foi.

Un espoir malgré tout : des initiatives comme Leaving MAGA aident les fidèles à quitter l’extrémisme. Mais la majorité des Églises reste silencieuse, par peur des représailles.

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Manifestations « No Kings »

Pour l’âme de l'Amérique

Après la guerre froide, les chrétiens nationalistes et évangéliques sont entrés dans une nouvelle forme de guerre « pour l’âme de l’Amérique ». Leurs adversaires ? Les libéraux, les féministes, les humanistes laïcs, les démocrates. « Toute une culture religieuse s’est construite autour de cette mentalité du “nous contre eux” », analyse l’historienne Kristin Kobes Du Mez. La crainte de voir s’effondrer « leur famille, leur foi, la sécurité de leur nation, ou leur capacité à obtenir les bénédictions de Dieu en tant que nation chrétienne » amène selon elle de nombreux chrétiens à adopter des comportements « contraires à leurs valeurs proclamées ou aux enseignements bibliques ».

De nombreux chrétiens ont aussi participé aux manifestations « No Kings », qui se sont tenues en juin et en octobre dans de nombreuses villes américaines pour dénoncer l’autoritarisme de Donald Trump. Le révérend Paul Brandeis Raushenbush, président de l’Interfaith Alliance, une organisation œuvrant pour la démocratie, en est une des figures de proue. Un autre pasteur actif dans ce mouvement, le révérend William Barber II, professeur de théologie à l’université Yale dans le Connecticut, copréside également la Poor People’s Campaign, un mouvement national visant à lutter contre la pauvreté et les inégalités.

Ces voix d’opposition sont celles des 38 % de protestants qui n’ont pas voté pour Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2024 (des méthodistes et des épiscopaliens progressistes, des baptistes non sudistes, ainsi que la majorité des chrétiens noirs). « Ils déplorent d’avoir été exclus de la sphère publique en tant que voix représentant les chrétiens américains », commente Kristin Kobes Du Mez, professeure à l’université Calvin dans le Michigan et autrice de l’ouvrage Jesus and John Wayne: How White Evangelicals Corrupted a Faith and Fractured a Nation (« Jésus et John Wayne : comment les évangéliques blancs ont corrompu une foi et fracturé une nation », Liveright Publishing Corporation, non traduit).

Quitter MAGA

« Ce ne sont pas de nouveaux acteurs. Ils essaient depuis longtemps de retrouver leur place et de s’adapter au nouveau paysage médiatique, sans disposer des mêmes financements que la droite religieuse. Je ne dirais pas qu’ils représentent un tournant, mais ils affirment leur position et revendiquent la liberté religieuse, un discours qui a été presque entièrement accaparé par les chrétiens blancs conservateurs depuis quelques décennies », détaille l’historienne.

Mais parmi les opposants protestants à l’administration républicaine figurent aussi des militants ayant récemment pris leurs distances avec le mouvement Make America Great Again (MAGA). Certains de leurs témoignages sont publiés sur le site de Leaving MAGA (« Quitter MAGA »), un organisme qui encourage et accompagne les repentis du camp Trump. « Je me suis rendu compte que les politiques de Trump envers les immigrés étaient contraires à la Bible, raconte ainsi Anthony Brooks, un chrétien originaire du Texas. Je me suis aussi informé sur l’accusation de Donald Trump selon laquelle les immigrés commettraient un nombre scandaleux de crimes dans notre pays. Je n’en ai trouvé aucune confirmation. Alors, j’ai quitté le mouvement MAGA. »

Des initiatives minoritaires

Stephania Messina, une quadragénaire qui s’est radicalisée en fréquentant une église charismatique pentecôtiste, rapporte quant à elle avoir été « empêchée de penser par elle-même » pendant des années. « C’est fou tout ce qu’on est prêt à croire juste pour suivre le groupe », écrit-elle. Ces différentes initiatives demeurent néanmoins minoritaires au sein des Églises protestantes américaine. Le meurtre de l’influenceur ultraconservateur Charlie Kirk le 10 septembre dernier n’a fait que fédérer la droite chrétienne nationaliste autour de l’idée que l’ennemi se trouverait à gauche. Si l’Église épiscopalienne a pris position contre Donald Trump, beaucoup d’autres demeurent silencieuses. « Les institutions, dans l’ensemble, réagissent dans une logique d’autopréservation », explique Kristin Kobes Du Mez.

« Plusieurs dirigeants évangéliques qu’on ne pourrait pas qualifier de “libéraux” sont profondément mal à l’aise face à l’érosion de la démocratie et à cette version très à droite du christianisme. Pour eux, s’exprimer à ce sujet est extrêmement difficile. Ils savent que s’ils prennent la parole, ils risquent de perdre leur emploi. Certains parmi ceux qui l’ont fait ont effectivement été écartés par leur institution, sous la pression de fidèles de leur propre congrégation, de donateurs ou de membres de leur conseil », ajoute cette spécialiste des mouvements évangéliques. Elle cite l’exemple de Russell Moore, l’un des pasteurs les plus influents de la Convention baptiste du Sud, contraint de démissionner en 2021 après avoir tenu des propos anti-Trump et condamné les abus sexuels et le nationalisme blanc au sein de l’Église. Depuis sa rupture avec la droite républicaine, Stephania Messina s’estime quant à elle libérée « du sectarisme et de la haine que les fondamentalistes de MAGA croient à tort être la volonté de Dieu ».

Apolline Guillerot-Malick, à New York

Réforme, le 27 novembre 2025

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