Amine Kessaci invite à entrer en résistance

Amine Kessaci est devenu une figure emblématique de la lutte contre le narcotrafic à Marseille, incarnant la résistance citoyenne face à un fléau qui ravage les quartiers populaires de la cité phocéenne. Son engagement, né du drame personnel de la perte de ses frères, s’est transformé en un combat politique et associatif qui dépasse la simple dénonciation pour proposer des solutions concrètes et mobiliser la société civile. 


Parcours et engagements

Amine Kessaci est originaire du quartier de Frais-Vallon, dans le 13e arrondissement de Marseille, un territoire fortement marqué par la présence du narcotrafic. En décembre 2020, son frère aîné Brahim est assassiné dans un règlement de compte lié au trafic de drogue. Ce drame personnel marque le début de son engagement militant. Il crée en 2020 l’association Conscience, qui vise à accompagner les familles des victimes du narcotrafic, à sensibiliser les jeunes et à proposer des alternatives dans les quartiers sensibles. Cette association devient un vecteur de mobilisation et de soutien, incarnant la résilience collective face à la violence.

En parallèle, Amine Kessaci s’engage politiquement. Il se présente aux élections européennes en 2024 sur la liste écologiste menée par Marie Toussaint, puis aux législatives anticipées en tête de liste du Nouveau Front Populaire, sans toutefois être élu. Son engagement politique est motivé par la volonté de porter la voix des quartiers populaires et de faire de la lutte contre le narcotrafic une priorité sociale et écologique.

Le 13 novembre 2025, son frère Mehdi, âgé de 20 ans, est assassiné en pleine journée à Marseille, dans ce qui est considéré par le parquet comme un crime d’avertissement visant à intimider Amine Kessaci. Malgré cette tragédie et les menaces qui pèsent sur lui, il refuse de se taire et continue son combat, vivant sous protection policière depuis l’été 2025. Il appelle à une mobilisation massive, notamment lors de la marche blanche organisée le 22 novembre 2025, pour dire stop au narcotrafic et rendre hommage à son frère.

Dans son discours lors de cette marche blanche, Amine Kessaci rend hommage à ses deux frères assassinés, notamment Mehdi, appelle à la justice et refuse la résignation : il demande la sécurité pour sa famille et la fin de l’abandon des quartiers populaires par l’État. Il dénonce la progression du narcotrafic — qui recrute, corrompt et tue — et l’inaction publique (retrait des services, manque de moyens, disparition de la police de proximité) qui a favorisé cette dérive. Il réclame des mesures concrètes : renforts policiers certes, mais surtout justice sociale, engagement des pouvoirs publics et soutien aux associations locales. Refusant les honneurs personnels, il célèbre le courage des mères des quartiers et appelle à la mobilisation collective et durable : « Entrez en résistance », se lever pour protéger les vies, les quartiers et obtenir justice.

Principaux appels :

  • Exiger justice pour Mehdi, Brahim et toutes les victimes.
  • Renforcer la sécurité et la lutte contre le narcotrafic.
  • Rétablir services publics et moyens pour prévention, éducation et enquêtes.
  • Soutenir les associations locales qui œuvrent sur le terrain.
  • Mobilisation citoyenne durable : se lever, résister et défendre les quartiers.

"Entrez en résistance" : le discours d'Amine Kessaci

"Au nom de mon frère Mehdi, mort pour rien, exécuté en pleine rue, au nom de ma famille déchirée de douleur, au nom de tous les miens, je veux vous remercier d’être mobilisés aujourd’hui. Mon frère Mehdi était innocent. Il n’était coupable que d’être mon frère. Il était bon, droit, sincère. Il avait la vie devant lui. Retenez son nom. Faites-le retentir ou murmurez-le, peu importe. Mille fois répétez son nom. Ne le laissez pas tomber dans l’oubli qui est une seconde mort. Mehdi, Mehdi, Mehdi. Mehdi mon frère. Je suis inconsolable. Je demande la justice pour Mehdi. Je demande la Justice pour Brahim, mon autre frère assassiné. Je demande la sécurité pour ma famille.

Mon frère Mehdi voulait être gardien de la paix. Il faut que la paix revienne dans nos quartiers. Il faut que notre jeunesse puisse grandir sans craindre de mourir. Ce n’est pas parce que nous vivons dans des quartiers populaires que nos vies ne valent rien. Mon frère est mort pour rien, et on nous traite comme des moins que rien. Nous aussi, nous valons la peine. Nous aussi, nous voulons un avenir. Nous aussi, nos nuits sont mêlées de cauchemars et de rêves. Nous aussi, nous aimons nos parents, et nos parents aiment leurs enfants. Un homme politique a proposé que je reçoive la légion d’honneur, mais je ne cherche aucun honneur pour moi. Ma poitrine est trop lourde de douleur pour recevoir une quelconque décoration. Ce sont les mamans des quartiers qui méritent une décoration. Pour leur courage, leur dignité, pour leur combat de chaque jour. Ma mère s’est battue pour nous élever et nous protéger. Et aujourd’hui, elle a perdu deux fils. C’est elle pourtant, qui me permet de tenir debout. Pour elle, je ne me tairai pas. Je continuerai à dire ce que mes yeux voient, ce que mon esprit sait et ce que mon cœur me dicte. Depuis des années, nous alertons. Nous parlons parce que nous savons que le silence tue. Mais qui nous écoute ? L’Etat nous abandonne depuis trop longtemps. Chacun de ses reculs a favorisé l’avancée du narcotrafic. Le départ des services publics, la fin de la police de proximité, les moyens trop faibles des enquêteurs et des enquêteuses, les enseignants auxquels on demande tant en leur donnant si peu. Voilà ce qui fait les affaires des trafiquants. Bien sûr, nous avons besoin de policiers, de sécurité. Bien sûr, il faut renforcer les moyens de la lutte contre le narcotrafic. Mais nous avons besoin de justice sociale, d’engagement de l’Etat et des collectivités, de soutien aux associations qui font le boulot tous les jours avec très peu de moyens, et je sais de quoi je parle parce que depuis des années l’association Conscience, présidée par ma mère, fonctionne avec des moyens dérisoires.

"Nous demandons la justice"

Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons la justice. La France entière doit comprendre que ce qui se passe dans nos quartiers la concerne. Ce pays a fermé les yeux sur ce que nous vivions, et maintenant il se réveille avec un monstre qui s’est infiltré partout. Notre pays a un problème avec les drogues : il vit sous dépendance. Et cette dépendance est exploitée par le narcotrafic. La souffrance psychologique et la misère qui monte sont des armes puissantes entre leurs mains. Ils jettent leur dévolu sur les enfants perdus de la République, les déshumanisent en les dressant comme on dresse des bêtes féroces, puis en font des esclaves dociles.

Voilà la vérité : le narcotrafic recrute. Le narcotrafic contrôle. Le narcotrafic corrompt. Et le narcotrafic tue. Plus personne ne peut dire que nous ne savions pas.

Mes frères sont morts. Mais vous tous, vous êtes vivants. Nous sommes vivants. Je ne sais pas ce que sera ma vie maintenant. Mais je sais que j’ai besoin de vous, de votre engagement, dans la durée. Entrez en résistance. Luttez, parce que lutter c’est vivre. Je veux voir toutes les mains se lever. Dressez-les vers le ciel pour rendre hommage à mes frères assassinés. Levez-les pour dire que nous sommes ensemble. Levez-les pour dire que ce pays ne baissera pas la tête. Levez vos mains et levez-vous. N’attendons pas assis que le narcotrafic détruise nos vies et notre pays. Pour nos quartiers, pour la justice, pour nos familles, pour nos vies, levons-nous. Debout, debout, debout.

Corse-Matin / La Provence, le 23 novembre 2025

Philosophie de la résistance

Amine Kessaci articule son combat autour d’une vision sociale et écologique, refusant la seule approche répressive prônée par certains partis politiques. Pour lui, le narcotrafic est avant tout une question de santé publique, liée à la détérioration des conditions de vie, à l’abandon des quartiers populaires et à la faillite des structures collectives de soin et de solidarité. Il dénonce l’effondrement des services publics, l’échec scolaire et le chômage qui poussent les jeunes vers le trafic de drogue, seul « employeur » dans les cités.

Il plaide pour une politique de prévention, d’accompagnement social et de légalisation du cannabis, afin de développer des programmes de santé publique et de réduire la dépendance. Selon lui, la répression seule ne fait qu’aggraver la violence et la marginalisation, sans résoudre les causes profondes. Il critique les positions de droite et d’extrême droite qui prônent la suppression des allocations familiales ou des mesures répressives, qu’il qualifie de punition collective et d’injustice sociale.

Amine Kessaci insiste sur la nécessité de redonner de la dignité aux quartiers populaires par une écologie populaire, qui place la transition écologique au service de la justice sociale. Il appelle à un « changement culturel radical » pour réhabiliter le temps long, la solidarité et le soin des autres, conditions indispensables pour reconstruire le lien communautaire et résister à l’emprise du narcotrafic.

Actions concrètes et impact

Amine Kessaci a mis en œuvre plusieurs initiatives concrètes pour lutter contre le narcotrafic et ses conséquences. Son association Conscience organise des opérations de sensibilisation, d’accompagnement des familles et de nettoyage des quartiers. Il a également lancé des appels à la mobilisation citoyenne, notamment la marche blanche du 22 novembre 2025, qui a rassemblé des milliers de personnes à Marseille et dans d’autres villes de France, montrant une prise de conscience nationale.

Il a publié en 2022 un livre intitulé « Marseille, essuie tes larmes. Vivre et mourir en terre de narcotrafic », dans lequel il témoigne de son expérience, dénonce les failles de l’État et propose des pistes pour endiguer le fléau. Il y insiste sur la nécessité de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire et de doter les forces de l’ordre des moyens nécessaires pour enquêter efficacement.

Malgré les menaces et la protection policière, Amine Kessaci continue de s’exprimer publiquement, multipliant les interventions médiatiques pour alerter sur la gravité de la situation et mobiliser l’opinion. Il a reçu le prix du Jeune le plus engagé de France, décerné par l’ONG Positive Planet, reconnaissant son rôle dans la lutte contre le narcotrafic et son engagement pour les quartiers nord de Marseille.

Pour aller plus loin

  • Documentaire : « Marseille, des larmes au combat » (Public Sénat) sur le combat d’Amine Kessaci. Le film, réalisé par Anaïs Merad, offre un portrait intime et engagé d’un jeune frère transformé en porte-voix des familles endeuillées des cités nord de Marseille. 
  • Livre : « Marseille, essuie tes larmes. Vivre et mourir en terre de narcotrafic » (Amine Kessaci, 2022). Dans cet ouvrage de 288 pages, Amine Kessaci dénonce l’emprise du narcotrafic dans les quartiers nord de Marseille, décrit l’engrenage qui broie les jeunes et accuse à la fois les chefs de réseaux et le désengagement de l’État. Depuis sa publication, il et sa mère sont placés sous protection policière en raison des menaces.

Conclusion

Amine Kessaci incarne la résistance citoyenne face au narcotrafic à Marseille. Son engagement, né d’un drame personnel, s’est transformé en un combat politique et associatif qui propose des solutions sociales, de santé publique et de justice, refusant la seule approche répressive. Il appelle à une mobilisation citoyenne massive, incarnant un esprit de résistance face aux menaces et intimidations. Ses actions concrètes, telles que la création de l’association Conscience et son engagement politique, montrent son détermination à améliorer la situation dans les quartiers marseillais. Le contexte marseillais, marqué par une violence croissante et une implication accrue des mineurs dans le trafic de drogue, nécessite une réponse collective et politique forte, que Kessaci incarne et porte au cœur du débat public. Sa philosophie de la résistance, ancrée dans une réalité locale mais porteuse d’une réflexion universelle, éclaire le chemin pour ceux qui refusent de se soumettre à la violence et à l’injustice.

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